Ionesco, La Leçon, Extrait 1.

 

 

La Leçon, Ionesco

 

 

 

Eléments de l’introduction

 

  • Ionesco, auteur et dramaturge, XXè siècle, entre la Roumanie et la France. Chef de file du Théâtre de l’absurde [=TdA]. Absurde : volonté de révolutionner le théâtre, de changer les codes + lié à la philosophie (le monde n’a pas de sens ; les Hommes ne sont conscients ni de leur ignorance ni de leur peu d’importance).
  • Inspiration : expérience personnelle d’Ionesco, professeur particulier un an à Bucarest.
  • La Leçon, une des premières pièces d’Ionesco et du TdA ; 1951. Leçon particulière ; une Bonne, un Professeur, une Elève. Mélange des genres théâtraux, sous-titre ‘Drame Comique’. Symbolique : relations humaines (communication, domination).
  • Début de la pièce : pas de découpage classique, donc ni actes ni scènes. Rôle de la scène d’exposition.

 

Développement

 

I. Tradition : la scène d’exposition

 

1. Présentation des personnages

  • Entrées en scène successives des personnages : informations (personnalité, physique, comportement).
  • Personnages stéréotypés : Bonne, personnage de la servante maladroite et paysanne (physique) = ‘servante’ au théâtre ; Elève, jeune personne à l’aise et bien élevée (politesse), bonne élève (chp lexical travail scolaire, habillement) = ‘ingénue’ du théâtre ; Professeur, vieux monsieur un peu maniaque et timide (« très professeur » ds la longue didascalie, obséquiosité) = ‘barbon’ du théâtre. => personnages presque réduits à des rôles, symboles ; personnages qui semblent très stéréotypés et qui s’avèrent complexes, ambigus, difficiles à comprendre.
  • Informations données sur les personnages, au-delà des stéréotypes : Bonne, caractérisée par la vivacité et l’action (répétition « en courant », gérondifs) ; Elève, caractérisée par l’aisance (initiative ds les présentations, « jeune fille du monde », antithèse « à l’heure »/« en retard » qui met en valeur son exactitude), la soif de reconnaissance (hésitation dans ses réponses, points de suspension, phrases interrogatives), la passivité physique (attente, silence au début de la longue didascalie = ‘objet’ du Professeur), l’ambition (exagérations, chp lexical spécialisation) ; Professeur, caractérisé par une timidité qui confine à la soumission (répétition « timide » et « timidité », répétition excuses), la nervosité (« se frotte tout le temps les mains »), un présage de malheur (répétition « noir »). 

2. Introduction de l’intrigue

  • Situation initiale : première leçon particulière ; introduction de tous les personnages ; cadre spatio-temporel esquissé.
  • Indices dénouement : « on peut s’attendre à tout », ambiguïté dans le comportement du Professeur : pédagogie, félicitations exagérées -> amadouer l’Elève, crime prémédité OU professionnalisme et nature hésitante ?  

II. Originalité : Théâtre de l’absurde

 

1. Mise en scène

  • Vide, silences : le ‘rien’ sur scène.
  • Irrégularité vitesse de l’action : alternance lenteur/accélérations brusques. 

2. Didascalies

  • Nombreuses didascalies ; style littéraire, romanesque.
  • Didascalies : accessibles lecture seulement => approche de la pièce très différentes selon qu’on soit lecteur ou spectateur, création d’une inégalité.
  • Anticipation de la longue didascalie : conjugaison (présent -> futur indicatif) ; évolutions opposées et parallèles Elève/Professeur (Professeur timide et soumis à agressif et dominateur ; Elève vive et indépendante à apathique et dominée), avec antithèses et gradation aggravement état de l’Elève ; dénouement sanglant (« geste final ») et tragique (destin inexorable : « bien entendu », « évidemment »). => prolepse, procédé romanesque ; dc didascalies rédigées comme un roman ; scission lecteur/spectateur, angle de lecture. 

3. Banalité de la conversation

  • Répétitions, formes redondantes : premières répliques de l’Elève.
  • Lieux communs : météo, études.
  • Evidence, raisonnements tautologiques : société compliquée, complexe.
  • Remarques dépourvues d’intérêt, voire de sens : formules de politesse.

=> communication inutile/vaine.

 

4. Décalages

  • Décalages : source de comique ; absurde.
  • Décalage Professeur (timide, écrasé) / Elève (à l’aise) ; décalage rôle Professeur (figure d’autorité)/comportement Professeur (dominé) ; décalage connaissances Elève (addition) / niveau académique (baccalauréat, doctorat) ; décalage niveau Elève (faible) / réaction Professeur (éloges).

=> communication impossible, incompréhension inévitable.

 

Conclusion

  • Originalité et tradition, avec domination originalité.
  • Codes classiques du théâtre réutilisés et détournés (ex : la Bonne, rôle comique et ridicule du vaudeville, ici chœur antique qui agit et surveille) OU complètement nié (ex : négation de la vraisemblance) => Théâtre de l’absurde, jeu avec les codes, volonté de changer le théâtre et de déstabiliser le spectateur.
  • Symbolique rôles, comportements : communication impossible et inutile, décalage entre ce que nous devrions être et ce que nous sommes. A nuancer : Ionesco ne voulait pas que sa pièce soit interprétée comme porteuse d’un message.

Qq procédés remarquables

Gérondifs et participes présents ; antithèses avant/après ; gradation ds la gravité de l’état de l’Elève ; chp lexical mort, maladie ; glissement présent vers futur de l’indicatif ; répétition « noir » ;onomatopées « heu » ; points de suspension ; affirmations sous forme d’interrogatives répétition « mes parents » ; chp lexical études ; chp lexical spécialisation ; tautologie ; éloges ; excuses.

 

Problématiques et plans

Caractérisez la tradition et l’originalité de ce début de pièce.

I. Tradition

1. Présentation des personnages

2. Mise en place de l’intrigue

II. Originalité

1. Mise en scène

2. Effet d’anticipation (didascalies)

3. Communication absurde (banalité et décalages)

 

En quoi ce début de pièce est-il original ?

I. Audace de la mise en scène (mise en scène)

II. Utilisation originale de codes traditionnels (la vraisemblance devient banalité, l’humour devient absurde, les personnage deviennent des stéréotypes pas si stéréotypés)

III. Place de l’anticipation (didascalie)

 

Montrez que ce début de pièce remplit le rôle d’une scène d’exposition.

I. Présentation des personnages

II. Anticipation : évolution de l’intrigue (cadre, situation initiale ; didascalies)

III. Introduction de l’absurde (banalité ; décalages)

 

En quoi ce début de pièce est-il absurde ?

I. Jeu des codes (vraisemblance refusée ; stéréotypes acceptés puis réfutés)

II. Thèmes de l’absurde (communication ; réflexion sur les rôles)

III. Mélange des genres (burlesque; prévision d’une tragédie ; sous-titre ‘Drame comique’)

 

Cette pièce se prête-t-elle à la lecture ?

I. Pièce à jouer (évolutions Professeur et Elève ; action fluide ; effets de surprise)

2. Pièce à lire (didascalies : anticipation ; style)

Commentaires (2)

1. bicou 20/05/2009

CA gèèèèèèèèèèèèèèèèrrrreee!!!!merci c'est cool de ta part!

2. condor 15/06/2010

c'est la classe

Ajouter un commentaire

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×