Ionesco, La Leçon, extrait 4

 

 

La Leçon, Ionesco

 

 

Eléments de l’introduction

 

  • Ionesco. XXè siècle. Dramaturge notamment : Rhinocéros, Le Roi se meurt, La Cantatrice chauve. Représentant du Théâtre de l’Absurde, avec Beckett entre autres.
  • La Leçon, une de ses premières pièces avec la Cantatrice chauve. Réminiscence de l’expérience d’un an de professorat à Budapest. Leçon particulière. Trois personnages : la Bonne, l’Elève, le Professeur. Ni scènes ni actes.
  • Séquence de la fin. Après l’assassinat de l’Elève par le Professeur, malgré les avertissements de la Bonne. Le Professeur, l’excitation du meurtre passée, est paniqué par les potentielles conséquences de son acte. Fin de la pièce en soi ; prélude au recommencement (cycle).
  • Confrontation Bonne/Professeur ; Bonne autoritaire, « dégourdie » ; Professeur puéril, manipulateur. Evolution relations entre les personnages ; évolution domination.

 

 

Développement

 

I. Apparente prise de pouvoir par la Bonne dans la confrontation

1. La Bonne, dominatrice

 

  • Gronderie : chp lexical de la désapprobation dans les didascalies ; silence, sécheresse dans l’expression : menaçant ; sarcasme avec accumulation de questions rhétoriques ; atténuation estime, dignité du professeur avec répétition « petit » devant les insultes ; exclamatives ; impératifs.
  • Distanciation, statut particulier et isolé de la Bonne : utilisation pronoms personnels 1ère sg, pronom tonique « moi », répétition « moi » ; opposition individualité de la Bonne/masse des élèves, avec « Je ne suis pas une de vos élèves, moi ».
  • Violence physique : insistance (deux gifles) ; brutalité avec répétition « tombe », formulation emphatique « avec bruit et force ».

 

2. Le Professeur, puéril

 

  • Perte de son assurance : voix « de moins en moins assurée » ; dissimulation du couteau ; bégaiement.
  • Comportement immature : appel de la Bonne, réflexe ; « comme les enfants » ; expressions caractéristiques (« Ce n’est pas ma faute », « Je n’ai pas fait exprès ») ; attitude avec du Professeur qui « sanglote », « pleurniche » et se venge ; mots doux, tentatives d’amadouer la Bonne (répétition « Marie », au lieu du GN « ma petite Marie », avec pronom possessif et atténuation = un peu méprisant).
  • Stratégie : arguments comparables à ceux d’un enfant ; développement : rejet de la réalité (mort de l’Elève) -> négation de l’évidence (il prétend n’être pas coupable), persévérance absurde (il accepte la potentielle culpabilité d’un chat) -> volte-face, mais rejet de la responsabilité (sur l’Elève) -> subite indépendance (« Ca ne vous regarde pas ») -> vengeance (tentative de meurtre de la Bonne) -> mauvaise foi (il feint de n’avoir pas compris les avertissements de la Bonne) -> « pas fait exprès », meurtre involontaire.

 

 

II. Complicité et domination discrète du Professeur

1. Réconciliation

 

  • Résultat de la stratégie du professeur : fibre maternelle de la Bonne titillée (« Vous êtes un brave garçon » -> Professeur = « garçon », jeune enfant) ; ferveur du Professeur, qui veut convaincre (exclamatives, interjections) ; colère de la Bonne qui se rapporte au peu de soin que le Professeur prend de lui-même (reproches : santé), pas d’intérêt, voire mépris pour l’Elève (responsable car provocante, « elle est indécente » et usage 3ème sg).

 

2. Mise au point d’une stratégie

 

  • Assurance recouvrée du Professeur : initiative des questions, des objections ; niveau de langue plus familier, relâché (construction syntaxiques des phrases, phrases nominales, points de suspension) ; légèreté, inconscience (pingrerie).
  • Marche à suivre : emploi du pronom impersonnel et généralisant « on », à mi-chemin entre le « je » et le « nous » ; habitude, coordination, avec anaphore en « on va », accumulation verbes à l’infinitif, futur proche.
  • Objections : inquiétude, importance de l’opinion publique (répétition « les gens ») ; statut du Professeur qui le met à l’abri des soupçons ; passivité, aveuglement des « gens » (allusion II guerre mondiale) ; création d’une intimité des personnages avec le public, qui, en ne réagissant pas, devient complice et responsable des meurtriers : illustration de la thèse de la Bonne, « les gens ne demanderont rien, ils sont habitués ».
  • Elimination du corps : habitude, efficacité (coordination avec « et », « l’une… l’autre ») ; ironie dans le « Ne lui faites pas de mal ».

 

  

Conclusion

 

Relations humaines :

 

  • Evolution imprévisible :

relations personnages : confrontation -> complicité /
domination : la Bonne, en apparence + physiquement -> le Professeur, en réalité car psychologiquement plus fort.

  • D’où instabilité, aléatoire des relations humaines. Manipulation omniprésente. Domination et pouvoir. Apparence, force.
  • Rôle de la Bonne : ambivalence. Chœur antique = opinion publique, seul personnage sensé et sympathique de la pièce -> ; adjuvant du Professeur meurtrier ; elle est clairvoyante et a prévu l’issue de la pièce -> elle n’agit pas alors qu’elle avait prévu le meurtre (elle n’intervient qu’une fois que le mal est fait).

 

 

Qq procédés remarquables

Points de suspension ; chp lexical de la désapprobation dans les didascalies ; ironie ; phrases nominales, interjections ; phrases exclamatives ; chp lexical brutalité ; gradation insultes ; niveau de langue de plus en plus relâché (« Faut pas me la faire », expressions familières, syntaxe approximatives) ; pronom impersonnel « on » ; accumulation infinitifs.

 

Problématiques et plans 

 

Caractérisez l’évolution des relations entre les personnages.

I. Confrontation

1. La Bonne, dominatrice

2. Le Professeur, dominé

II. Complicité

1. Réconciliation

2. Coopération

 

Quelle image des relations humaines le dramaturge donne-t-il ?

I. Une suite incohérente de confrontations brutales et de réconciliations irraisonnées

1. La confrontation

2. La réconciliation

II. Un enchevêtrement de dominations

1. Domination apparente et physique de la Bonne

2. Domination relative mais effective du professeur (domination intellectuelle (« un savant comme vous ») et psychologique)

III. L’omniprésence de la violence

1. La violence punitive (« passage à tabac » du Professeur par la Bonne)

2. La violence habituelle (les meurtres fréquents)

 

 

 

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