E2, Lambeaux, Charles Juliet

 

"Mais le pire, ce sont ces soirs d'hiver où il

faut aller chercher du vin à la cave",

Lambeaux, Charles Juliet

 

Eléments de l’introduction

 

  • Charles Juliet, XXè siècle. Vie difficile, mère naturelle internée puis abandonnée et morte de faim, puis mère adoptive ; psychologie complexe, d’où beaucoup d’introspection dans ses ouvrages. Bibliographie importante, même si carrière d’écrivain engagée assez tard.
  • Lambeaux, autobiographie ; suit et précède d’autres récits autobiographiques. Lambeaux, biographie imaginée de la mère qu’il n’a pas connue + autobiographie, de la naissance à l’accomplissement de la vocation d’écrivain. Style particulier : 2ème du sg, désigne sa mère puis lui-même ; rythme et musicalité poétiques.
  • Commencement de la deuxième partie de Lambeaux, autobiographie de la petite enfance. Famille d’adoption, pleine d’affection ; opposé de la famille violente et oppressante de sa mère. Thème de la peur panique qui « a ravagé [s]on enfance » ; d’après lui, conséquence de l’abandon forcé de sa mère à la naissance. Angoisse obscurité + peur de décevoir la famille. Opposition panique / relative maîtrise soi (volonté de ne pas décevoir, de ne pas allonger l’épreuve).

 

Développement

 

I. Un cadre effrayant

 

1. Souvenir précis d’un cadre spatio-temporel

  • Moment : « ce sont ces soirs d’hiver », tournure emphatique, pronom démonstratif ; pluriel = fréquence, récurrence ; nuit = sinistre.
  • Occasion : « il faut aller chercher du vin à la cave », modalisateur de nécessité ; cave = connotation sinistre.

2. Souvenir précis des ressentis associés à l’expérience

  • Vue, prééminente : absence de lumière (chp lexical obscurité, « la ténèbre » au sg = unité de l’opacité) ; opposition chps lexicaux lumière/obscurité ; tournure restrictive « ne…que » ; personnification de la lumière avec l’adjectif « avare ». Ouïe quasiment absente.
  • Toucher : chp lexical du contact.
  • ð    angoisse de ne rien voir.

 

II. Actions calculées dans la panique

 

1. Souci d’être rapide

  • Tournure restrictive « ne pas faire durer […] une seconde de plus », précision du CCirconstanciel de durée ; accumulation, ponctuation, syntaxe cahotante avec alternance phrases nominales et phrases verbales : rythme rapide, haletant ; ralentissement du rythme quand Juliet arrive devant le robinet, obstacle « haï » qui oblige à ralentir (verbe statique «attendre »), adverbe « interminablement » ; « en trois bonds », précision presque comique.
  • ð    rythme saccadé = imitation du souffle de Juliet sur le parcours.

2. Contrôle de soi

  • Limites, bornes dans l’expression en parallélisme « ni trop lente ni trop rapide » ; « t’empêcher de gravir les marches quatre à quatre » ; « comme si rien ne s’était passé » = ne pas décevoir la famille, cacher l’angoisse.

 

3. Trajet, processus

  • Construction : descente rapide - station immobile - remontée rapide ; parallélisme de construction des séquences ‘descente’/’remontée’ autour du connecteur logique « puis » ; cave vue comme une fosse très profonde, les Enfers (« abîme », comparaison/hyperbole ; « gravir »).
  • Progression : accumulation verbes à l’infinitif, verbes d’action = dynamisme, détail du processus (=rituel) ; action caractérisée par les adverbes ; parallélisme dans le « chaque pas, chaque geste mis au point ».

 

III. Etat physique et psychologique : les effets de la panique

 

1. Sentiments éveillés

  • Peur de disparaître : chp lexical de l’enfer ; « la terrible épreuve », descente puis remontée Enfers (=> mythe d’Orphée ; référence d’adulte superposée à un souvenir d’enfance = limites de l’autobiographie) ; impatience et haine associées à la peur.
  • Folie : dernière phrase, conclusion qui sonne comme un avertissement.

 

2. Symptômes

  • Nombreux symptômes physiques : « sang qui bat aux tempes », « les oreilles qui bourdonnent », « les mains qui tremblent » ; « reprendre haleine », « laisser le cœur se calmer », retrouver la possibilité d’entendre et de parler » => organisme déréglé, image de l’évanouissement ; propositions subordonnées relatives qui caractérisent les noms d’éléments physiologique et physiques.

Conclusion

 

  • Souvenir vivace d’une peur d’enfant : l’obscurité, la peur de disparaître ou d’être tué, arraché à la famille ; peur panique, quasi-folie. Souvenir précis, possibilité de revivre le traumatisme : cadre, actions, situations psychologique et physique. Séquences à la cave = image de la vie toute entière de Juliet : après une longue période traumatisante, il a lentement repris pied.
  • Limites de l’autobiographie : interprétation de cette épreuve comme un rite initiatique, allusion à Orphée = données d’adulte qui formatent et transforment un souvenir d’enfant ; mise en scène, avec effet d’attente, d’anticipation = pour impressionner le lecteur (évolution anodin->traumatisant) et « faire de la littérature », « sacrifices » au style.

 

Qq procédés remarquables

 

Tournure emphatique avec pronom démonstratif ; parallélisme de construction en « chaque » ; construction de négation en « ni…ni » ; longue période avec propositions nominales (+/-), ponctuation en abondance, accumulation d’infinitifs ; chp lexical obscurité ; jeu des adverbes ; connecteurs logiques qui construisent une trame pour le récit (« puis », « mais ») ; anaphore en « chaque fois ».

 

Problématiques et plans

 

Comment Juliet rend-il ce souvenir d’enfance vivace ?

I. La description précise du cadre

1. Le cadre spatio-temporel

2. Les sens sollicités

II. Le compte-rendu minutieux d’actions organisées

1. Souci de rapidité

2. Nécessaire maîtrise de soi

3. Progression et processus

III. L’évocation des états physique et psychologique

1. Les symptômes physiques

2. Les répercussion sur l’état psychologique

 

OU

 

I. Une description réaliste et détaillée

1. L’importance donnée aux sens

2. L’environnement

3. Le processus

II. Un récit aux accents pathétique, qui suscite l’émotion chez le lecteur

1. L’évocation frappante des sentiments du petit garçon

2. Le rythme expressif et prenant du récit

 

En quoi ce texte est-il une autobiographie ?

I. Un [unique] personnage[,] central

1. Au centre de la narration et de l’action (acteur, 2ème sg)

2. Description exhaustive de son état d’esprit

II. Un environnement réaliste

1. Le cadre spatio-temporel

2. Sollicitation des sens, qui dessinent un cadre authentique

3. Abondance de détails

 

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