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Adieux, extrait, Apollinaire

 

« Adieux », extrait, Il y a, Guillaume Apollinaire

 

 

Eléments de l’introduction

  • Guillaume Apollinaire. Premier quart du XXè siècle ; a participé à la 1GM. Poète ; un peu nouvelliste, un peu dramaturge (un « drame surréaliste », Les Mamelles de Tirésias). Avant-garde : précurseur du surréalisme (on lui doit le nom du mouvement), intéressé par le cubisme et le futurisme. Poésie : renouvellement de la forme et du style, grande liberté ; à l’origine des calligrammes. Recueils Calligrammes, Alcools.
  • Il y a, recueil posthume, 1925. « Adieux » : ode ; forme classique, quatrains d’alexandrins. Evocation du temps qui détruit, notamment les femmes. Hommage à Ronsard : thème, forme.

 

Développement 

 

I. Le temps est destructeur pour les femmes

1. Physiquement

  • Laideur : négation de l’adjectif « belle » avec la construction « ne…plus », v1 ; chp lexical laideur ; allitérations en [r] et [g], dureté, rugosité ; paronymes « grasse »/« grave », homonyme « grâce »/« grasse » ; chp lexical de la g^ne, de la honte v. 11 à 12.
  • Absolu de la laideur : antithèse « grasse »/« maigre » construite avec « ou » = pas de différenciation dans la laideur ; « mère gigogne » v.3 = toutes les formes physiques « laides » sont concernées => laideur symbolique qui concerne toutes les femmes vieillissantes ; qu’elles soient grasses ou maigres, ça ne fait pas de différence.
  • Vieillesse : chp lexical vieillesse ; antithèse « fille »/« mère », chacun des deux mots en début de vers.
  • Action du temps : personnification du « temps glorieux » et GN sujet, v7 à 10 ; assonance en [tan] avec « tempe », étend » = insistance, rappel « temps » ; progression d’une intrigue avec schéma narratif (v.9-10, progression lente dans la destruction ; v11, lutte des femmes ; v12, rupture ds le rythme : échec des femmes et violence avec connecteur logique « Mais »).

 

2. Moralement

  • Aigreur/amertume : « méchants » = adjectif simple, violent, simplificateur à l’extrême ; « s’éteindre […] la flamme », métaphore ; « quiète », position en fin de vers et diérèse ; .
  • Dévalorisation de la réflexion des vieilles gens : « pensers ridicules » ; répétition d’un suffixe en « -ule », diminutif/atténuation.
  • Solitude : « Seule », en début de vers ; pronom tonique de la 1ère sg « moi », placé à la césure = égocentrisme, faute d’entourage.
  • Regrets, vie dans le passé : CCirconstanciel de temps « en dix-neuf cent un » ; famille de « souvenir » (nom commun, verbe) ; usage du passé simple dans le discours direct ; répétition du verbe au passé simple « aima », tjrs placé en fin de vers.
  • => Femmes vieilles humiliées pour quelque chose dont elles ne sont pas responsables (la fuite du temps) = injustice => aigreur, isolement, jalousie des femmes âgées.

 

II. Le poète insatisfait mais dans l’expectative

1. Ds le présent : défaitisme

  • Négation de l’individualité, référence systématique à un groupe plus large : « aux plus laids poètes », v7, insertion dans un groupe ; v14, « un poète », déterminant indéfini (même pour la femme qu’il aime il n’a pas d’identité propre).
  • Vision négative de soi : « aux plus laids poètes », superlatif ; v.16, « De sa laideur au taciturne », mise en valeur des noms avec construction irrégulière (anacoluthe), connotations péjoratives, seule description du poète => insistance sur la laideur, peut-être pas uniquement physique.

 

2. Dans le futur : incertitude

  • Immortalité = gloire du poète : v4 « immortelle », pronom possessif ; v6 pronom tonique « moi », mise en valeur à l’hémistiche ; complémentarité « cherchaient »/« donne » v. 7 et 8 = quête accomplie ; v8, laideur physique = « prix » de l’immortalité, donné par le Temps.
  • Oubli = échec du poète : souvenir d’une seule personne, v. 15, insistance avec le pronom tonique « moi » et l’adjectif en apposition « Seule » ; souvenir qui concerne seulement « laideur » et caractère « taciturne ».

 

Conclusion

  • Réécriture de Ronsard, « Quand vous serez bien vieille… » : thème du temps qui passe et qui détruit, repris ; thème de la possibilité d’échapper aux ravages du temps grâce à l’art,  transformé => interrogation sur l’éventualité d’être oublié/la possibilité d’être reconnu et célébré, dans le futur. Style plutôt classique, forme régulière. Hommage à Ronsard ; extrapolation, développement d’un thème ; modernisation du texte.
  • Perception du poète par lui-même : il ne se reconnaît pas complètement comme un individu ; se considère de manière assez négative ; se réduit à son rôle (poète) et à son caractère (taciturne, laid) ; sent une contradiction entre son état et sa nature (il a un talent artistique et un caractère qui n’y correspond pas) = déchirement.
  • Attention : il est sage de ne pas trop évoquer « l’humilité d’Apollinaire », sa « modestie », l’idée qu’il se « sous-estime », qu’« il exagère sa laideur » ou qu’il a une vision « pessimiste » de lui-même. Ce n’est pas à l’élève de déterminer dans quelle mesure Apollinaire était beau, talentueux, névrotique. Donc, même s’il est difficile d’éviter d’utiliser ce genre de tournures, mieux vaut ne pas insister sur l’idée qu’on se fait d’Apollinaire.

 

Procédés remarquables

Chp lexical du temps v1, 6, 7, 11 ; antithèse « grasse ou maigre », v2 ; diérèse sur « quiète » v5 ; superlatifs « aux plus laids poètes » v7 ; chp lexical de la honte v11 et 12 ; exploitation du chp sémantique de « patte d’oie », v10, qui peut se comprendre, dans le contexte, comme la désignation des rides au coin des yeux ou comme un des membres du temps ; CCirconstanciel de Temps v16 ; pronom tonique de la 1ère sg, usage explétif, « moi », v15 ; anacoluthe « De sa laideur au taciturne », v16.

 

Problématiques et plans

 

Quel est le message d’Apollinaire ?

I. Le temps est destructeur, surtout pour les femmes

1. Physiquement

2. Moralement

II. Le poète insatisfait et impuissant

1. Dans le présent : mal assuré

2. Dans le futur : hésitant

 

En quoi ce texte est-il une réécriture de Ronsard ?

I. Reprise du thème du temps destructeur

1. Le temps détruit les femmes physiquement

2. Le temps détruit les femmes moralement

II. Développement du thème de la reconnaissance du poète

1. Le présent : le pessimisme

2. Le futur : le doute

III. Respect du style

1. Forme régulière et expression classique

2. Modernisation du style (anacoluthes, vocabulaire plus ‘cru’ que celui qu’employait Ronsard…)

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